Les résultats de la formation
Professionnels de l’éducation : s’épanouir, épanouir
et innover
des 15 et 16 janvier 2005
Contexte
Caroline Sost, Formatrice et porteuse d’un projet d’école primaire innovante, et Edel Gött, consultante et fondatrice du cabinet Recherches & Evolution, ont animé le week-end des 15 et 16 janvier une formation auprès de 5 professionnels de l’éducation.
- Yanek, instituteur
depuis 4 années, ancien ingénieur
en agro-alimentaire reconverti, en charge d’une classe de CP dans le
94, méthode Freinet.
- Gwenaëlle, institutrice double
niveau CE1/CE2 dans le 94, inspiration Freinet, expérience de l’éducation
spécialisée.
- Elmy, directrice et enseignante
en cycle 1 dans une école
privée catholique de village, région de Grenoble, ancienne
consultante reconvertie.
- Sylvie, aide documentaliste en collège, très
intéressée par les méthodes d’apprentissage nouvelles
(Montessori, Decroly, Bonaventure, Home schoolers…), auxquelles elle
a parfois recouru pour l’éducation de ses enfants.
- Julie, institutrice depuis 5 ans, en CP en ZEP dans le
91.
La particularité cette formation est qu’elle allie savoir-être (intelligence émotionnelle) et éducation, parce que les enfants et les jeunes apprennent aussi de qui nous sommes.
Les questions abordées :
La méthode :
La richesse de cette formation repose sur l’alternance entre ENSEIGNEMENT et VECU dans le cadre d’une approche globale, positive et rigoureuse :
Vécu : exercices individuels ou en sous-groupes. Parmi les techniques utilisées, citons : les mises en situation sur cas réels, les temps de partage collectifs…
Une soirée de suivi a été organisée le 10 février afin d’aborder les résultats concrets de chacun et de répondre aux questions ou besoins individuels. Le groupe continue à échanger régulièrement sur Internet.
Quelques témoignages
Yanek :
"Cette formation m'a apporté des repères
et des outils vraiment importants pour ma pratique pédagogique.
J'ai pu immédiatement tester l'efficacité de mes changements
de comportement sur le travail et l'entrain des enfants.
J'ai redonné le sourire à des enfants en revalorisant l'image
qu'ils avaient d'eux mêmes. Je perçois en tout cas clairement
qu'en complément d'une méthode pédagogique, il est fondamental
de gérer en conscience notre savoir-être, pour le bien de l'enfant
et pour le notre aussi. Ce stage est une étape clé pour moi.
A faire absolument!"
Elmy :
"Un parcours conçu pour passer à l’action qui
ne peut pas laisser indifférent. Je mesure la différence
avec les autres formations qui me sont proposées, qui ne sont ni assez
concrètes, ni tournées vers l’action et le suivi."
Julie :
"Un stage éclairant et dynamisant qui m’a permis de
mettre en évidence le potentiel des enfants, ce qui leur facilite les
apprentissages dans un climat de motivation !"
Les résultats
Une meilleure connaissance de soi :
La formation a permis des prises de conscience majeures des participants sur les points qui chez eux demandaient une optimisation ou une certaine vigilance. Par exemple :
Elmy a réalisé qu’elle avait toujours eu un fort besoin de contrôle et qu’elle avait besoin d’être vigilante sur sa colère (lorsque les enfants transgressaient les règles), car les impacts étaient très négatifs pour les enfants.
Gwénaëlle a compris combien sa précipitation et son éparpillement pouvaient impacter le climat de classe. Elle a décidé de travailler sur sa voix (moins fort) et sur son attitude pour créer un climat de classe plus harmonieux.
Une forte prise de conscience de leur propre potentiel et de celui des enfants, amenant des changements d’attitude et de comportement positifs des deux côtés :
Yanek : Maintenant
je suis optimiste et j’ai la ferme volonté de faire des choses
positives dans ma classe.
Gwénaëlle : Ma voix
s’est
adoucie. Les enfants me l’ont même renvoyé en disant : « Maîtresse,
on entend moins ta voix !
Sylvie : J’ai gagné en
confiance, en énergie et en spontanéité.
Elmy : J’éprouve beaucoup
plus de sérénité en classe avec les enfants. Concernant
la colère que je pouvais éprouver parfois, je suis plus attentive à mon
espace personnel et je me sens beaucoup moins envahie. Je suis super
zen, aucun énervement depuis la formation: quand je sens que ça
pourrait monter, je respire, je prends mon espace, je me rappelle qu'il s'agit
d'épanouir les enfants, et je gère tranquillement.
Yanek : Ce que je trouve vraiment
efficace, ce n'est pas de dire à tel
enfant qu'il est très ceci ou cela, c'est de lui faire dire!
Un soir en étude, j'avais un petit CE1, Bradley. Il était fermé et
bloqué, ayant une très mauvaise image de lui. Ceci d'autant plus
qu'il a un jumeau que j'ai fait passé en CE2 l'an passé alors
que lui a redoublé! Je lui ai dit combien il était capable et
intelligent. Mais il restait fermé comme une huître avec en lui
le refus obstiné de croire ce que je disais.
Je lui ai alors demandé de le dire lui même : « je
suis intelligent ». Il ne voulait pas, j'ai redemandé deux
ou trois fois en le prenant bien à l'écart.
Et là silence, mais des larmes, c'était impossible pour lui!
Je lui ai demandé d'y réfléchir le soir et de me le dire
le lendemain.
Le lendemain je lui ai demandé s'il y avait pensé, il m'a dit
oui. Et il m'a dit: « je suis très intelligent! » et
il a eu un grand sourire, sourire qui ne le quitte plus lorsqu'il me croise.
A l'étude à présent il réussit seul tous ses devoirs
et sa maîtresse à laquelle j'ai tout raconté m'a avoué que
le premier jour elle ne l'avait pas reconnu tant il avait changé et
que depuis ça va mieux.
La mise en place d’un climat de valorisation et de réussite :
Yanek :
- J’ai mis en place des félicitations quotidiennes
auprès des enfants. Chez certains enfants la motivation a été décuplée.
- En classe nous applaudissons maintenant très souvent
quand quelqu'un performe, réussit ou fait un effort. C'est sympa.
Ce qui est drôle, c'est que j'ai initié les premiers applaudissements,
maintenant ils décident seuls, mais n’applaudissent pas systématiquement.
Souvent ils applaudissent quand l'enfant a fait un effort, ou bien quand
il est faible et qu’il a besoin d'encouragements. Par exemple,
le petit Loïc qui était toujours en retrait a beaucoup été encouragé et
les applaudissements ont été très nourris pour un enfant
qui avait fait un vrai dépassement en poésie. »
Julie :
- Tous les soirs, nous faisons
le tour des tables pour célébrer
les réussites de la journée et ils s'aperçoivent qu'ils
en ont plein finalement ! Ils réclament quand nous sommes pressés
par le temps et que nous oublions...
- Un élève nous a expliqué qu'il s'était
préparé le mercredi en se disant qu'il allait très bien
travailler le jeudi et c'est ce qu'il a effectivement brillamment réalisé.
Ils se répètent qu'ils sont des champions et je leur rappelle
quand ils oublient et se déconcentrent.
- J’ai instauré des moments où les élèves,
chacun leur tour, expliquent aux autres comment ils ont réussi quelque
chose. C’est un moyen de se refiler les bons tuyaux, on partage les
stratégies de réussite et ça donne des idées à d’autres.
Une gestion efficace des comportements violents :
Elmy :
J’ai proposé à ma collègue
Virginie d’appliquer les outils du savoir-être avec Théo,
un enfant un peu difficile, qui apprend à gérer son « petit
démon ».
Quand j’en avais parlé avec elle à un moment où Théo était
super agressif avec les autres (coups de pieds sans raison…), elle était
un peu réticente (« mais ce contrat, est-ce que ça va marcher
? et j’en peux plus… »). Lundi, le sujet est revenu, et
c’était super de voir que c’était elle qui racontait
les progrès de Théo, témoignant combien le contrat changeait
les choses : désormais, les autres enfants ne sont pas là pour
rapporter à la maîtresse : « Maîtresse, Théo
il nous a tapé », mais ils sont là pour aider Théo à réussir
son contrat : quand ils sentent que Théo s’emballe, ils le rappellent à l’ordre.
Et quand Théo réussit à ne pas agresser les autres pendant ½ journée,
ses copains lui font un dessin. Il fallait voir sa tête quand il est
rentré chez lui avec des dessins disant : « bravo Théo
! ». Virginie s’est vraiment approprié le truc et elle est
beaucoup plus sereine avec cet enfant.
Yanek :
Je vous avais parlé en février
de la petite Héléna en CE1 de mon école qui l'an passé était
considérée comme quasi folle, s'automutilant et se battant avec
tout le monde. C'était la crise permanente. Je l'ai à l'étude
le soir. J’ai travaillé pendant l’année avec elle
pour l’aider à améliorer son savoir-être : j’ai
du à la fois la recadrer fermement et l’encourager dans des comportements
positifs. Elle est devenue très calme et attentionnée, une vraie
métamorphose!
Développement d’un climat d’entraide et de coopération :
Julie :
J’ai dans ma classe un enfant, Nouar, qui a annoncé pour
la deuxième fois qu’il voulait mourir. C’est un enfant
assez isolé. Lors du tour de table que j’ai institué pour
partager les réussites, il a dit qu’il n’en avait pas.
J’ai alors demandé aux autres enfants s’ils l’avaient
vu réussir quelque chose. Un enfant a pris la parole : « Oui,
il a eu deux points aujourd’hui ! ». Nouar a haussé les épaules.
Un autre enfant a alors pris la parole : « Nouar, il
dit qu’il a pas de copain, mais moi j’ai été son
copain aujourd’hui. Je lui ai donné la main ». J’ai
alors valorisé Nouar en lui disant que c’était formidable
d’avoir un copain. Un autre enfant s’est levé et est venu
vers lui : « Moi aussi je suis ton copain, Nouar ».
J’ai dit : « Et bien tu vois, Nouar, tu as deux copains
maintenant ! »
Puis, un autre s’est levé pour lui dire la même
chose et puis encore un autre…bientôt c’était toute
la classe qui l’entourait. J’en avais les larmes aux yeux.
- 6 mois se sont écoulés depuis que j’ai
instauré le partage des réussites, Nouar est transformé,
il est plus sociable et demande à partager ses réussites !
- Depuis que j’ai instauré ce climat de coopération
j’observe des comportements concrets d’entraide entre les enfants.
Une belle illustration de ce climat, c’est une enfant de ma classe
qui nous la donne : « On n’est pas là pour s’écraser…mais
pour s’aider à grandir ! » a t-elle dit devant
la classe.
Elmy :
En gym, quand il y a des parcours,
j’ai mis en place
un système d’entraide : les "rouges" (moyenne
section) tiennent les "bleus" (tout petits) par la main pour qu'ils
osent faire le parcours. Un enfant s’exprime: "Antoine, il a bien
sauté en tenant ma main!" .
Au moment du goûter, maintenant les enfants ont pris
l’habitude de remercier d’eux-mêmes celui qui apporte le
goûter pour tous : « merci Océane, c’est
très bon le goûter ! » »
Une meilleure affirmation personnelle :
Julie : Vis-à-vis des collègues, j’argumente et j’affirme plus facilement mon avis.
Yanek : Il explique que lors d'une formation de circonscription avec son inspectrice sur la lecture au CP, il a pu se positionner par rapport à une décision qui lui paraissait arbitraire, et ce devant le silence de ses 30 collègues. Il ajoute qu’auparavant il ne se serait pas affirmé face à l’inspectrice, il n’aurait pas pris la parole…mais qu’il n’aurait pas manqué d’exprimer sa colère et de se plaindre auprès de ses collègues. Au lieu de cela, son avis a pu être entendu.
Une meilleure gestion du temps :
Gwénaëlle : Je fais trois fois plus de choses avec moins de temps.
Plus de créativité :
Gwénaëlle :
« Nous avons monté un spectacle de marionnettes avec une collègue
pour les enfants afin de leur montrer l’importance de rester calme
dans toutes les situations (ne pas s’énerver).»
« Dans le groupe de réflexion Freinet du 94 (groupement
d’enseignants), j’ai lancé comme initiative de prendre
un temps entre nous pour faire de la créativité. Nous
demandons aux enfants d’être créatifs alors à nous
d’être exemplaires !»
Elmy :
« J'ai commencé des ateliers artistiques libres: je mets
du matériel à disposition, et les enfants font ce qu'ils veulent
(une "œuvre"), à condition de respecter le matériel
et l'espace des autres. Et je crée avec eux, je me fais plaisir! Une
petite de 2 ans et demi est restée concentrée une pleine demi-heure
sur son œuvre en faisant un travail incroyablement minutieux. »
Un plus grand discernement :
Gwénaëlle :
« Avant, je trouvais que la psychologue scolaire de l’école était
très compétente. En fait, je viens de prendre conscience qu’elle
mettait des étiquettes sur les enfants, ce qui les fige dans des comportements
négatifs.»
« Avant je me demandais pourquoi les enfants n’allaient
pas à l’atelier Sciences que j’avais mis en place pour
eux sur les temps individuels. Depuis, je me suis rendue compte que c’est
moi qui créais cette situation. Vu que les enfants sont en retard
sur leurs plans de travail, je suis stressée et mécontente
quand ils vont à l’atelier Sciences alors qu’ils n’ont
pas fini leur boulot. Du coup, ça ne les encourage pas à y
aller. Il va falloir que je revoie l’organisation ou que j’inclue
l’atelier Sciences dans le plan de travail. »
Un sens de la responsabilité accru :
Elmy :
« L’outil qui présente
les savoir-être, savoir-faire et les effets a développé la
vision de ma responsabilité à grande échelle dans l’espace
et dans le temps (générations futures) »