Anne-Marie Goglio, Aix-en-Povence

Enseignante spécialisée de l’Education Nationale ,travaillant dans les "quartiers difficiles", avec des enfants souvent sans repères ni règles de vie, et au vécu déjà douloureux et violent…


La relaxation, pour quelles raisons ?

Un enfant est par essence intelligent, curieux, créatif, il aime apprendre, découvrir.
Alors, pourquoi tant d'Enfants sont-ils agités, anxieux ou démotivés ?

Ils aiment surtout expérimenter tout de suite, ils ne sont pas intéressés lorsqu'ils doivent simplement emmagasiner des données ; le potentiel n'est pas uniquement logé dans la tête, mais dans tout le corps  :

Le corps détient toutes les informations, c'est lui qui permet l'intégration des données et la concrétisation des pensées.

C'est lui aussi qui va libérer les surcharges, les stress, les peurs :

Car le corps parle, il raconte son histoire, il ne ment jamais, les maux remplacent les mots  ; ce qui ne s'exprime pas s'imprime : rigidité musculaire, crispations, tressaillements, tics...

Et ce lieu   de détente qu'est la relaxation peut être pour l'Enfant un espace refuge, une bulle où il "panse les traumatismes invisibles, les cicatrices des combats sans armes" (Catherine Enjolet : Les liens du sens. les nouveaux enfants seuls. Ramsay).

L'équilibre d'une personne   ne peut pas se faire sans la mobilisation de tout le corps. Pour l'Enfant, c'est encore plus important. Chaque donnée enregistrée par le cerveau a   besoin d'être vécue et expérimentée à travers le corps, sinon il n'y a pas de véritable intégration de la donnée car elle n'est pas passée par l'expérimentation.

Si le cerveau seul est mobilisé, l'Enfant se sent coupé de lui-même, il en ressentira un malaise. Il essaiera néanmoins de répondre à la demande, mais cela exigera de lui un effort de compréhension et d'adaptation, puis une fatigue et un découragement.

Son énergie   vitale ne circulera plus librement dans tout le corps.Le corps va se révolter et exprimer sa peur par une hyperactivité désordonnée. Si l'Enfant est trop fatigué, il peut au contraire se refermer sur lui-même avec un sentiment de découragement de ne pas être compris, entendu, ne pas se sentir à la hauteur des attentes pressantes autour de lui. Il se déconnecte, perd la motivation et le goût de l'effort.

Pour que l'Enfant retrouve sa motivation, il faut le recentrer   dans son corps, mobiliser toutes les fonctions de son être.

La relaxation peut aider l'Enfant-élève à se servir de ses atouts, afin qu'il s'épanouisse et développe la confiance en soi et   en ses capacités.

 

Les aspects positifs du groupe
(selon Maryse Métra, formatrice à l'IUFM de Lyon)

Le groupe formé par les élèves dans l'atelier relaxation est lui-même porteur d'aspects positifs qui peuvent donner l'occasion à l'Enfant d'adopter certaines attitudes « étrangères » qu'il ne peut pas exercer ailleurs, ni dans le groupe familial, ni dans le groupe classe :

• Il évite la symbiose ou la recherche du fusionnel (l'enfant se « sépare », donc il grandit)
• Il est un facteur de re-liaisons pour un Enfant qui vit des dé-liaisons dans sa famille
• Il protège l'Enfant de la dépression et des angoisses qui bloquent le fonctionnement du Moi par des identifications entre pairs
• Il permet :
- l'apprentissage des valeurs culturelles
- la prise de conscience de la singularité de chacun
- le respect de l'autre
• Il induit la notion d'appartenance par des réalisations collectives
• Il favorise l'autonomie et le processus d'individuation par l'engagement personnel
• Il permet : de s'essayer à des rôles
- de vérifier sa valeur
- de restaurer l'image de soi
- la décentration du sujet et la mise à distance par rapport à lui-même
- la confrontation aux autres et le plaisir de fonctionner avec eux
• Il permet aussi l'entraide, l'alliance, l'imitation, l'émulation, la co-réflexion, le partage, la tolérance, la solidarité

L'apport de l'imaginaire des autres est un facteur de dynamisation et de changement; l'échange, l'affrontement des idées est positif, nécessaire et créateur ; il est la preuve qu'il y a des interactions et que chacun peut s'exprimer.

Le groupe de la relaxation pourra donc être pour l'Enfant un lieu de détente, un lieu-refuge, un lieu de symbolisation et de transformation.

 


L'atelier relaxation
SES MODALITES
SES OBJECTIFS
LE CONTRAT AVEC LES ENFANTS

 

Cet atelier   relaxation fait partie   du projet d'école de 2 groupes scolaires, en accord avec le conseil d'école et l'emploi du temps des enseignantes de 2 classes de CP.

C'est un travail effectué dans le cadre de la prévention du R.A.S.E.D ( Réseau d'aides spécialisées aux enfants en difficulté ), puisque je suis enseignante spécialisée de l'Education Nationale, option G.

J'interviens dans plusieurs écoles et une salle m'est attribuée dans chaque groupe scolaire.

Modalités
• Les élèves, répartis en ½ groupe - classe , sont reçus dans ma salle, espace aménagé, avec des tapis de sol aux normes, pour chacun des enfants.
• Les séances sont fixées chaque jeudi du 2 ème et 3 ème trimestre, de 13h45 à 14h30 pour le 1er groupe et de 14h30 à 15h15 pour le second ; dans une école, le vendredi, avec les mêmes horaires et fréquence, dans l'autre groupe scolaire.

Les objectifs du projet sont de permettre à l'enfant, en détendant son corps :
•  de mieux appréhender le monde extérieur
•  de se « rééquilibrer »
•  de cheminer avec plus de conscience et de sécurité
•  de le rendre plus confiant, autonome et responsable face à lui-même et à la vie, à mieux s'intégrer dans la communauté scolaire

Contrat avec l'enfant
• Se « retrouver » chaque semaine, même horaires, même lieu jusqu'à la fin de l'année scolaire
Les règles :
-
respecter le cadre et ses règles de fonctionnement, dans le déroulement de la séance.
-
respecter et écouter l' autre ( pas de jugement)
-
coopérer ( l'enfant n'est pas obligé de venir, il s'engage avec le contrat )
Les objectifs : apprendre à mieux connaître son corps, à le détendre et à le maîtriser   (agitation,   colères, bagarres ) pour l'aider à se recentrer plus facilement, à être plus calme, plus disponible en classe. Il pourra ainsi « mieux apprendre » et travailler : car plus le corps est détendu, plus le mental est présent, attentif pour réfléchir, associer et mémoriser.

     

Déroulement des séances

La technique de la relaxation, la structure des séances, les thèmes abordés pendant la visualisation ont directement été inspirés par l'enseignement de Geneviève Manent, que j'ai eu le bonheur de suivre à Gap dans son école de relaxation spécialisée pour enfants et adolescents, ainsi que par deux de ses livres :
L'enfant et la relaxation : Collection Chrysalide. Editions Le Souffle d'or.
La dualité un atout : Collection Chrysalide. Editions Le Souffle d'or.

Pour appréhender le monde extérieur, ce n'est pas uniquement le cerveau qui est mis en jeu, mais le corps dans sa globalité, avec les sens, les mouvements, les expériences.

Dans la séance, les exercices suggérés aident l'enfant à prendre conscience de son corps et de ses possibilités :
•  Les exercices sensoriels ouvrent les portes du corps
•  Les postures favorisent la détente et l'intériorisation
•  La respiration transforme la qualité de l'énergie
•  La relaxation propose à l'Enfant une véritable rencontre avec lui-même.

Premier temps : le travail sur le corps

Le vécu, ce qui est palpable, joué.
L'enfant danse, mime, chante, touche....
Ex : comptine chantée et mimée : "Je suis magnifique", "Le grand cerf »
Petites scénettes : "Je suis le roi", "Les indiens"
Respirations calmantes, recentrantes.
1 - Je respire
L'Enfant « joue » avec son souffle : il le maîtrise et le   canalise.
Ex : le "ballon", le "coussin" : respiration ventrale, "la feuille pliée", "les pantins"
2 -
Avec les couleurs qui calment : bleu, rose, vert.
3 -
Avec les sensations : lourdeur, chaleur.

Je me calme, je rentre à l'intérieur de moi  :
Le senti se fait   directement dans l'immobilité et la relaxation concerne   les perceptions corporelles, l'utilisation des cinq sens.
•  L'important est que l'enfant   soit à l'aise et se sente en sécurité.
La prise de position peut être facilitée par un étirement préalable, allongé sur le sol : l'induction se fera à partir d'élément variés (mobilisations, sensations, contacts, étirements...) mais concrets, physiques, dans le but d'enraciner.
Il lui est proposé de fermer les yeux ; ce n'est pas « obligé ».

 

Deuxième temps : le travail de mentalisation.

La détente corporelle est de plus en plus profonde :
je respire plus doucement : je sens l'air au bord de mes narines ; mes narines sont toutes rondes....

Revivre mentalement :
• les gestes
• les sensations vécues dans la première partie de la relaxation.
Ex : fredonner les chansons, mimer et revivre les scenettes mentalement.

Puis les ressentis :
revivre ses sensations mentalement et dans son corps  :   chaleur, essoufflement, excitation...

Troisième temps : le travail sur l'imaginaire, la créativité.

Je visualise  : j'ouvre la "porte",   j'entre dans mon espace imaginaire...
En relaxation, la visualisation est proposée ou suggérée : ce processus permet de vivre dans l'imaginaire ou mentalement et les images servent à approfondir l'état de détente.

C'est l'exploration d'un espace intérieur auquel seul l'Enfant à accès.

La visualisation ne correspond pas obligatoirement à une perception physique, sensorielle de la réalité.
L'évocation de l'image se fait par la totalité du ressenti, ce n'est pas nécessairement lié à la vue : « Tu vois...tu entends...tu imagines dans ta tête...tu sens comme si...tu te transformes...tu deviens... »
L'Enfant ressent « comme si c'était vrai » et l'énergie se libère comme si l'action était réelle et, au cours de ce « jeu », son imaginaire peut ainsi se centrer sur certains « objets » et les transformer au point qu'ils sont perçus comme des objets extraordinaires, poétiques ou magiques.

Ici, la relaxation s'appuie aussi sur les symboles qui sont, soit suggérés par l'adulte, soit vus ou vécus par l'Enfant.
Le symbole favorise l'éveil, c'est un élément révélateur qui déclenche une énergie de transformation ; il aide l'Enfant à être lui-même, c'est-à-dire qu'il renforce son sentiment d'identité.

Par exemple, le symbole du lion :
Il s'agit moins pour l'Enfant d'aller vers l'extérieur et de s'identifier au lion que de trouver en lui les valeurs symboliques du lion : la force, la puissance, le pouvoir,   la sagesse, la maîtrise de soi, la justice...

La phrase-clef
Elle correspond au «  message » de cette relaxation, afin que l'Enfant puisse en retrouver, lorsqu'il en a besoin, les sensations de force et de bien-être.

Retour à «  l'état de veille » , dans le réel
Il se fait selon le même type de processus que l'induction au calme :
-
reprise de contact avec les sensations, les bruits extérieurs, les odeurs...
-
étirements, bâillements..

L'Enfant passe très rapidement de l'état de relaxation   à l'état de   veille.

Selon les séances, la musique servira ou non de support, dans le déroulement de la relaxation.

Quatrième temps : le travail de symbolisation.

Le langage oral ou écrit, le dessin, comme l'expression corporelle et la musique font partie des systèmes symboliques.

Dessiner et/ou écrire (avec l'aide de l'animatrice si l'Enfant le demande) :
• le "voyage" dans son imaginaire
• ses ressentis

Verbalisation avec expression de son ressenti, respect et écoute   de l'autre   dans l'échange des vécus :

Exemples :



 

Comment la relaxation peut aider l'enfant
a acquérir les capacités et les préalables requis par l'ecole 
pour qu'il s'inscrive en tant qu'élève d'une manière créative
dans la collectivité scolaire

                  D'après Jeannine DUVAL HERAUDET dans son livre "Une difficulté si ordinaire" (Edition et applications psychologiques. Collection Enfance Plurielle), l'école formule ces capacités sous la forme d'attitudes ou de savoir-faire.

  Tout au long des séances de relaxation, l'enfant travaille sous une forme plus ludique, ces capacités "générales" ou plus spécifiques demandées par l'école :
• être capable d'attendre, d'accepter le différé des apprentissages, la perte, le manque
• être capable de penser et travailler seul
• être capable d'anticiper
• connaître et respecter les règles
• être capable d'évoquer des signes, de manipuler des symboles, des codes
• pouvoir réaliser des opérations mentales ( comme la mémoire et la cognition, le jugement...)
• connaître et maîtriser son corps, le situer dans l'espace
• être capable d'attention et de concentration
• coopérer, reconnaître l'autre, l'écouter, le respecter
• se mettre en projet d'apprentissage et s'y tenir

Dans les 4 phases du déroulement d'une séance de relaxation certaines de ces   capacités primordiales sont particulièrement travaillées :

Premier temps : le travail sur le corps

Par les règles cognitives et sociales qu'il impose, le CP contraint l'enfant à une maîtrise de son corps, lequel peut retrouver ses droits seulement à la récréation.
Il lui faut pendant de longs moments « rester tranquille », afin d'écouter les leçons, les explications, les consignes de l'enseignant.
L'enfant doit maîtriser son geste pour écrire, il doit faire preuve de capacités de précision, lors de l'exercice d'écriture par exemple :
Le dessin ou l'acte d'écrire consiste en une projection d'images sur une feuille. Ils sont expression de soi.

La possibilité de trace ou d'écriture est articulée à la constitution d'une image cohérente du corps , suffisamment unifiée.

•  Lire et écrire sur une page horizontale ou sur un tableau vertical, nécessitent des repérages différents, appropriés.

L'Enfant les   construit en prenant des repères sur son corps et en situant son corps dans l'espace .

Pour P. TEIL, le rapport au corps propre est directement lié à la capacité pour l'enfant à "se situer physiquement, psychiquement, socialement" :

Pouvoir maîtriser son corps renvoie au registre   émotionnel et à la possibilité pour l'enfant de gérer ce dernier, à s'affirmer comme sujet distinct, différencié ainsi que de pouvoir représenter, symboliser, élaborer, sublimer les émotions, les excitations pulsionnelles.

Ces "préalables" construits à partir de diverses opérations de séparation du sujet, constituent un "substrat" psychomoteur, cognitif, affectif, relationnel.

Le travail scolaire requiert aussi de la part de l'Enfant-élève des capacités d'attention, de concentration, importantes.
L'exercice de ces deux capacités suppose que l'enfant :
•  parvienne à se fermer aux excitations et aux nombreuses sollicitations internes et externes
• qu'il dispose de son énergie et n'en dépense pas trop à se défendre dans son monde interne d'excitations pulsionnelles trop importantes. 

Car pour ces excitations qui envahissent l'enfant, la décharge motrice apparaît comme la seule possible pour apaiser la tension :
L'agitation motrice est pour certains enfants, la seule manière inconsciente qu'ils ont pu trouver d'exprimer leur « mal-être » devant la difficulté qu'ils rencontrent de ne pouvoir satisfaire aux attentes des adultes, parents et enseignants.

Cette agitation peut être entendue comme un appel de l'enfant mais constitue un obstacle à la continuité nécessaire des apprentissages individuels mais également aux conditions de leur appropriation par l'échange avec les pairs :
Par exemple, éprouver le désir de lire, c'est aller à la   rencontre de la pensée d'un autre, de ses émotions, de ses idées, de son imaginaire.

Dimension corporelle et lien social s'articulent aussi dans l'acte de lire et en fait, la dimension corporelle est omniprésente dans toute situation scolaire et dans tout apprentissage.

 

Deuxième temps de la relaxation : le travail de mentalisation

Pour pouvoir réaliser des opérations mentales telles que :

•  La cognition et la mémoire

L'enfant doit avoir dépassé un fonctionnement intellectuel égocentrique caractérisé par l'indifférenciation entre le MOI et le monde extérieur, entre le point de vue d'autrui et le sien propre, entre l'activité personnelle et les transformations de l'objet, et ne plus être accroché à des perceptions successives.

Par exemple, l'acquisition du schéma de la permanence de l'objet mais aussi de l'acceptation des règles extérieures à soi, donc du système symbolique pour comprendre et accepter que la graphie d'un mot ne dépend pas de la fantaisie de celui qui l'écrit.

Permanence de l'objet et conscience de sa propre permanence sont liées et renvoient à la construction identitaire de l'enfant ( par un travail de séparation ).

•  Les activités de pensée comme le jugement ou l'évaluation

ne sont possibles qu'à partir du moment où l'enfant sait utiliser la fonction symbolique et la pensée logique, grâce à l'intégration du principe de réalité et à ses capacités de "délibération interne".

Un fonctionnement et une articulation souple de l'imaginaire, un accès aisé à chacun de ces registres font donc partie du "substrat" indispensable pour que l'enfant-élève :
• accepte et intègre les règles scolaires
• évoque et manipule des signes, des codes, des symboles
• leur donne un sens et réalise les opérations mentales attendues par l'enseignant
• pour que, enfin, des images mentales nourrissent et permettent que fonctionne sa pensée

Troisième temps : le travail sur la fonction imaginaire et la créativité

Dans le "jeu" de la relaxation, l'enfant fait appel à son imagination , elle-même contenue par son imaginaire pour mettre en place les conflits intra-psychiques.
L'expression fantasmatique de l'enfant dans son "jeu", ses productions créatives, n'ont de sens que si la structure même de la séance de relaxation et la présence de l'animatrice lui donnent une valeur symbolique :
"jouer" entre faire semblant et symbolique, entre simulation et réalité,   permet à l'enfant de s'inscrire dans un cadre social dont les règles sécurisantes vont lui ouvrir la porte des connaissances où il pourra mettre en oeuvre toutes ses potentialités.

L'imaginaire est une forme de pensée intermédiaire qui fonctionne de manière associative (rêve / jeu) et analogique (déplacement d'un objet ou de ses caractéristiques, sur un autre).

C'est une fonction essentielle car elle permet de mettre en forme nos angoisses internes pour qu'elles ne fassent pas irruption dans le réel : elle va permettre à l'enfant de rejouer.
La question des conflits psychiques inhérents à son développement :
"L'objet" est
• un support de protection permettant de véhiculer l'imaginaire de l'enfant qui va en faire un investissement d'ordre pulsionnel et affectif, ainsi que des représentations personnelles qui vont être mobilisées et investies ;
• il va permettre de projeter à l'extérieur des images, des affects qui préoccupent l'enfant au niveau interne.

L'imaginaire , c'est donc la fonction fondamentale d'une activité de pensée dynamique et personnelle avec la créativité qu'implique une conception des apprentissages vivante et personnelle, et non en terme de forçage et de soumission ; l 'activité imaginaire est essentielle, puisqu'elle permet :
• d'entrer dans le langage et dans les codes de manière vivante, sensible,
• de construire la réalité de se l'approprier de manière active

C'est par ses jeux d'imitation, de "faire semblant" dans les mises en scène et les histoires qu'il invente que le jeune enfant exerce ses capacités imaginaires et ses capacités de représentation dans différents registres : corporel, graphique, langagier.
Les histoires qu'on lui raconte viennent à leur tour nourrir cet imaginaire et stimuler ses capacités créatives .

Ainsi, imaginaire et symbolique sont intriqués dans tout acte de   lecture :

Pouvoir lire et écrire requiert de la part de l'Enfant :
• qu'il ait articulé de manière souple et efficace images mentales , symbolismes personnels et symbolisme culturel
• qu'il puisse dialoguer avec son propre corps,   puisque lire,   c'est passer inconsciemment à un mode scriptural, c'est imaginer le geste qui trace les lettres.

 

Quatrième temps de la relaxation: le travail sur la symbolisation

Selon Serge TISSERON, la symbolisation est le chemin qui nous permet de passer des états corporels et des émotions qui y sont liées, à leur mise en image et leur mise en mots.

La fonction de symbolisation, c'est aussi le fait de pouvoir figurer, mettre en forme ce qui est à l'intérieur de nous.
C'est ce   qui nous permet d'investir des systèmes de langage, des codes sociaux, c'est ce qui construit le symbolique .
"Chez l'enfant, c'est l'imaginaire qui mène au symbolique" nous dit Françoise DOLTO.

La relaxation peut permettre d'entrer davantage dans les codes symboliques de l'école, d'actualiser des compétences, de mieux maîtriser la communication car elle utilise et travaille cinq des sept systèmes symboliques : le langage, le dessin, l'expression corporelle, la musique et le jeu de faire semblant.

L'école, elle, va utiliser massivement la capacité de l'enfant à utiliser la fonction symbolique :
• l'apprentissage de la lecture requiert des capacités d'abstraction, des possibilités de compréhension et de maniement des codes de la part de l'enfant.
• le pouvoir symbolique des mots écrits permet la trace, l'inscription de soi-même.

Lire et écrire nécessitent d'être séparés mais permettent le passage, la création des liens en faisant exister l'absent.
Ce sont des outils d'élaboration de la séparation grâce au pouvoir symbolique des mots et du langage.

L'écriture n'est pas seulement un code pour communiquer socialement, c'est aussi une rencontre avec soi-même.

Exemple :
L'enfant qui "refuse" de se plier aux règles de l'école puis plus tard à celles de l'orthographe, est souvent un enfant qui "refuse" de voir limiter sa toute puissance   imaginaire pour accepter la loi du symbolique .

Le fonctionnement du symbolique permet aussi à l'enfant de construire sa capacité dans le temps et d'anticiper les conséquences de ses actes.

Mais pouvoir anticiper suppose aussi d'avoir une conscience relativement juste de soi, de ses possibilités et de ses attentes, ce qui dépend de la construction identitaire de l'enfant, indissociable des processus de séparation-individuation, et de la construction de soi ; capacités « travaillées » aussi dans les séances de relaxation.

 

Progression
dans les différents thèmes abordés

Par la rigueur de son cadre et de ses "rites", ou règles de fonctionnement, la relaxation permet à l'Enfant et à l'animatrice de laisser s'épanouir à chaque séance leur créativité et leur fantaisie.

Thèmes abordés 

Les différents thèmes abordés ont suivi une progression pour la découverte de soi en tant qu'être relié aux éléments et à son « moi » profond :

Découverte de son corps   :  "Les indiens", "Mes petits souliers", avec auto-massages et différentes respirations.

Découverte de soi   :  "Mon prénom", "Mon amie la peluche", "Le tambour", "Je suis le roi", "Je suis magnifique, je suis unique"

Reliance de soi, avec les éléments, avec le ciel et la terre (corps et esprit)  "Le chêne", "La forêt", "L'arc-en-ciel"

Regard au plus profond de soi :
avec l'énergie créatrice du "mandala", de la "spirale", des "couleurs".
•  avec mes peurs, ma dualité :
-
"La forêt paisible" qui me protège, me ressource et me redonne confiance en moi.
-
"Le cerf et le lapin" dans la forêt belle et paisible mais dans laquelle il peut se passer des évènements tristes, angoissants, dangereux...comme dans notre vie.
-
"Dans la forêt", je rencontre mes peurs, je traverse mes peurs.
-
"Dans la brousse et la jolie savane", dans la Nature belle et hostile, j'accepte mes peurs, je les dépasse et je ne les subis plus...je suis comme le lion, fort, puissant et j'ai confiance en moi.

Découverte de ma liberté :
Je peux, comme "Jonathan Livingston le goéland", planer au-dessus de la mer et des forêts, au-dessus de mes soucis et de mes inquiétudes: je connais mes difficultés, je n'en ai plus peur, car j'accepte ma vulnérabilité ; je repère ma liberté intérieure et ma créativité ...

je suis libre  !

 

Voir aussi :

- la fiche de la séance Relaxation du mandala d'énergie
- Analyse des difficultés rencontrées dans l’atelier relaxation

 

 

Conclusion

Dans cet espace temps qu'est la relaxation, lieu de détente, lieu de refuge, lieu de symbolisation et de transformation, l'enfant apprend à utiliser toutes ses potentialités, à sortir de la prison de ses peurs, à toiser le silence et la mort symbolique de la transformation.

Il pourra alors cheminer avec plus de conscience, de sécurité et de confiance dans sa vie privée et scolaire :
Le monde environnant et les évènements extérieurs seront toujours les mêmes mais son regard sur eux, son mode d'appréhension et sa capacité à les vivre seront différents.

Progressivement, tout en faisant part de la réalité et de l'imaginaire, il construit ou découvre , laisse émerger son être intérieur, il prend conscience de son identité et peut dire "je suis".

 

Il apprend aussi à ne s'identifier ni à son corps, ni à ses pensées, ni à ses sentiments ; il découvre l'élargissement de la conscience, la légèreté et l'état témoin ;il apprend comme Jonathan Livingston le goéland à briser les chaînes qui emprisonnent son corps et ses pensées, il repère sa liberté intérieure, sa liberté de créer et d'exprimer son monde intérieur.

Et "en allant vers cette intimité avec soi, il peut entrer dans cette pulsion créatrice qui donnera un nouveau but à son existence : exprimer le plus fidèlement possible la force, la beauté et la subtilité de l'élan vital qui anime chacun et chacune de nous" (Guy Corneau - Victime des autres, bourreau de soi-même - Collection Réponse - Edition Robert Laffont) .

 

Remerciements

Merci aux enseignantes de CP, Béatrice et Colette, de m'avoir confié leurs élèves,

Merci aux enfants de ces classes pour leur participation enthousiaste et authentique,

Merci à Toi, Geneviève pour ton enseignement riche et   rigoureux mais plein de fantaisie, merci pour ton charisme, ton dynamisme et ta gaieté qui m'ont permis de retrouver la force et la créativité de mon « enfant intérieur » et de fêter sa (re)naissance
avec tous ces Enfants...