Pays-Bas : le massage du jeudi
Emmanuelle Tardif pour Ecole et Relaxation - Mars 2008
Tous les jeudis, après la pause-déjeuner, une musique douce se fait entendre dans la classe de Colinda Welboren. C'est l'heure de l'activité massage. Les enfants, âgés d'une dizaine d'années, se sont mis deux par deux : l'un est assis à son bureau, la tête posée entre les bras, tandis que l'autre lui masse le dos, par-dessus les vêtements. Au bout de dix minutes, on échange les rôles et le masseur devient massé. « Ça fait du bien », dit une élève. « On est tout détendu », ajoute sa copine.
Les séances de massage ont lieu depuis la rentrée 2007. Tout a commencé avec une intervention à l'école de la masseuse Brenda Pelser, invitée à présenter son métier aux enfants. Celle-ci a mis au point un programme interactif permettant aux enseignants et aux élèves d'apprendre les techniques de base en cinq séances.
Effets immédiats
La méthode n'a rien de compliqué. La preuve: un enfant en est capable. Il s'agit simplement d'appliquer des pressions de la main sur toute la surface du dos, en faisant bien attention à être en phase avec la respiration du massé. Les mouvements portent des noms faciles à retenir, comme le tobogan, la chenille ou le sapin. Chaque séance se termine par la cascade, qui consiste à passer lentement les deux mains à plat sur le dos, depuis le cou jusqu'à la taille.
Pour l'institutrice, les effets sont immédiats. « Les élèves n'ont aucun mal à se mettre directement au travail et ils sont plus concentrés sur ce qu'ils font », constate Colinda Welboren. Le massage réduit également l'agressivité et renforce l'esprit de groupe, affirme Brenda Pelser. « C'est une bonne façon d'apprendre à mieux se connaître. Les enfants qui se trouvent un peu en marge du groupe sont peut-être de très bon masseurs et peuvent ainsi se faire une place parmi les autres ».
Sujet tabou
Brenda Pelser est consciente du fait que le massage à l'école ne fait pas l'unanimité. « Toucher les enfants est encore un sujet tabou. Pourtant, le massage assis ne présente aucun risque : il ne s'applique qu'au dos et aux bras, et on garde ses vêtements ». Selon la masseuse, cette méthode permet justement aux enfants d'être moins vulnérables face à d'éventuelles approches malintentionnées. « Grâce au massage, l'enfant prend conscience de son propre corps et des limites à ne pas dépasser ».
Aux Pays-Bas, le massage à l'école est encore peu courant, surtout en comparaison de la Suède, où de nombreux établissements scolaires et garderies le pratiquent. Une étude menée dans une demi-douzaine de garderies suédoises par Kerstin Uvnäs-Moberg, professeur de physiologie à Stockholm, montre les effets positifs du massage chez les enfants. Les garçons, en particulier, deviennent moins agressifs et plus sociables, tandis que les filles ont tendance à sortir davantage de leur coquille. Pour le professeur, ces changements sont dûs à l'ocytocine, une hormone libérée par le massage et qui favorise la sociabilité.
Résumé de l'article de Niki Korteweg, « Elke donderdag massage », paru le 1er mars 2008 dans le quotidien néerlandais NRC Handelsblad.
Le site de la masseuse Brenda Pelser, www.brendapelser.nl, montre une séance filmée en classe (en néerlandais)
Kerstin Uvnäs-Moberg a publié le livre Ocytocine: l'hormone de l'amour / Santé - Bien-être- Relations, paru en 2006 aux éditions Le Souffle d'Or.
Dans les écoles primaires néerlandaises, la cantine est un lieu qui n'existe pas. Les élèves arrivent en classe munis d'une gamelle ou « boîte à lunch » dans laquelle se trouvent généralement un sandwich au gouda et une briquette de lait. Dans l'enseignement secondaire, on profite de la pause-déjeuner pour aller à la cafétéria, au snack-bar du coin ou à la supérette de quartier pour un paquet de chips, une canette de soda ou autre en-cas hypercalorique. C'est dire si les initiatives en faveur d'une alimentation saine sont les bienvenues. Aux Pays-Bas, la prise de conscience se fait peu à peu, généralement grâce à des programmes financés par les pouvoirs publics.
Leçons de goût
Le premier à avoir déclaré la guerre à la malbouffe en milieu scolaire n'est pourtant pas un fonctionnaire. Le cuisinier Pierre Wind, sorte de Jean-Pierre Coffe néerlandais, s'est inspiré de la Semaine du Goût, bien connue des Français, pour mettre au point des « smaaklessen » (leçons de goût) à l'école. Objectif : faire découvrir aux enfants les produits naturels, mais aussi lutter contre le surpoids et les maladies liées à une mauvaise alimentation. Depuis 2006, les enseignants ou les parents d'élèves peuvent utiliser en classe une valise pédagogique élaborée par l'Université de Wageningen et familiariser les élèves avec toute une variété de goûts, d'arômes et de consistances. Mais ces leçons visent aussi à montrer qu'une bonne alimentation est essentielle pour la santé de chacun, et que le « bien manger » dépend également de la qualité des produits, à commencer par ceux qui bénéficient de l'appellation « biologique ». Bref, il s'agit d'apprendre à faire les bons choix, car si la valeur n'attend pas le nombre des années, il en va de même pour l'obésité, le diabète et bien d'autres problèmes de santé dus à l'alimentation. Depuis le début de l'opération en septembre 2006, plus de 1000 écoles primaires ont organisé des leçons de goût.
Vive les frugumes !
Une autre initiative mobilise les énergies depuis janvier 2003 : il s'agit de l'opération Schoolgruiten, qui consiste à distribuer des « frugumes » (fruits et légumes) aux élèves du primaire afin de les aider à adopter de meilleures habitudes alimentaire. Pour l'instant, les jeunes Néerlandais ne consomment que 30 à 50% de la quantité recommandée par le Centre national de l'Alimentation, à savoir 150g de légumes et deux fruits par jour. La distribution de « frugumes » deux fois par semaine pourrait bien changer les choses. En effet, un projet pilote mené auprès de 300 écoles a montré que les enfants, dans le cadre de la classe, sont moins réticents à goûter à des choses qu'ils ne connaissent pas. En fonction de la formule choisie par l'établissement scolaire participant, les parents d'élèves ont le choix entre contribuer financièrement à l'opération ou donner directement des fruits et des légumes à leur progéniture pour le repas de midi. Dans ce dernier cas, le site de Schoolgruiten leur propose de nombreuses astuces pour rendre plus attrayante la consommation de « frugumes ». C'est aussi aux parents de décider s'ils veulent que les produits distribués soient bio ou non.
A ce jour, l'opération Schoolgruiten a touché 75 000 élèves. Les organisateurs, parmi lesquels le ministère néerlandais de la Santé et le bureau de promotion des fruits et légumes, souhaitent à terme atteindre 250 000 écoliers dans 25 grandes villes des Pays-Bas.
En équilibre
A plus petite échelle, la fondation Balance Matters propose des ateliers « smoothies » pour enfants de 10 à 12 ans. En classe, les élèves peuvent ainsi découvrir que les boissons à base de fruits sont à la fois délicieux et très amusants à préparer. C'est d'autant plus important que de nombreux enfants viennent à l'école sans avoir pris de petit-déjeuner. Lors de ces ateliers, animés par un cuisinier, un diététicien ou un professionnel de la santé, les écoliers se familiarisent également avec certains principes de base concernant le corps ou l'énergie. Car pour les organisateurs, une l'équilibre ne dépend pas seulement d'une bonne alimentation : il faut aussi faire du sport pour être en forme et surtout avoir confiance en soi. En un peu plus d'un an d'existence, 250 écoles ont accueilli les ateliers de l'opération Kids in Balance, entièrement financée par des sociétés privées.
Sources :
www.smaaklessen.kennisnet.nl (site en néerlandais seulement)
www.schoolgruiten.nl (site en néerlandais seulement)
www.balancematters.org (site en néerlandais et en anglais)
Plus jamais le ventre vide à l'école, article de Sheila Kamerman paru dans le quotidien néerlandais NRC Handelsblad le 19 avril 2008.